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 L'Antiquité s'arrête t-elle en 476 ?

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Germanicus
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MessageSujet: L'Antiquité s'arrête t-elle en 476 ?   Ven 4 Avr 2008 - 23:38

C'est ma nouvelle question impertinente ce soir:

L'Antiquité prend t-elle fin avec la chute de l'Empire Romain d'Occident ?

On apprend en effet dans les livres scolaires que l'Antiquité prend fin dés 476 avec la chute de l'Empire d'occident. Comme ça, brute de pomme. On a ainsi l'impression que l'antiquité se termine d'un seul coup, que la chute du dernier Empereur est un drame et que c'est la fin d'un monde.
Les élèves passe ainsi à coté d'une caractéristique fondamentale du Haut Moyen Age : Son caractère tout à fait Antique.

Plusieurs argument viennent étayer la thèse d'une Antiquité tardive qui continuerait jusqu'en 800 et voire, selon certains, jusqu'à l'an Mil. On trouve parmis ces thèses, la fameuse thèse de Pirenne qui encourage cette question.

Cela remet en cause notre façon de découper l'Histoire, notre façon de voir l'Antiquité, notre façon de penser l'Antiquité.
Je compte bien faire un topic dans quelques temps sur comment on enseigne l'Antiquité, mais pour le moment débattons de cette question épineuse.

Que pensez vous de cela ? king

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Togirix
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MessageSujet: Re: L'Antiquité s'arrête t-elle en 476 ?   Sam 5 Avr 2008 - 0:43

Elle s'arrête bien avant, en fait.

Pour moi, l'an 395 et le partage de l'Empire Romain, c'est déjà la fin de l'Antiquité quelque part.

Du moment que les "barbares" wisigoths, ostrogoths, francs ou burgondes commence à se partager ce qui reste de l'Empire qui n'existe déjà plus, c'est la fin d'un monde ...

L'Antiquité a continué en Orient, en fait, avec l'Empire byzantin.

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Alexandre
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MessageSujet: Re: L'Antiquité s'arrête t-elle en 476 ?   Sam 5 Avr 2008 - 12:41

C’est vrai que l’Antiquité ne finie pas avec le dernier empereur romain d’Occident. Mais l’Histoire a besoin d’un découpage, plus ou moins pratique.
Par exemple, Togirix qui pense que l’Antiquité s’arrête avec la partition définitive de l’empire romain en deux a raison, mais aussi tort.
Le découpage du forum fait aussi le même échos ; la tétrarchie marque la fin de l’Antiquité : mais après l’Antiquité, c’est encore l’antiquité, jusqu’à l’An Mil.

Mais même après la disparition de l’Empire Romain d’Occident, les institutions sont reprises par les barbares, tout ceci conduira à la Renovatio de Charlemagne qui se poursuivra avec la dynastie ottonienne qui se réclameront de l’Empire Romain d’Occident, et par delà, l’Empire Romain Germanique (qui se qualifiera ensuite de Saint).

Et n’oublions pas aussi la grande révolution que constitue l’arrivée de l’Islam et qui va reprendre beaucoup d’un héritage antique qu’il va faire perdurer. Sous Mahomet, l’Arabie est encore empreinte du paganisme hellénistique et oriental, trace que l’on retrouve même dans le Coran.

La première dynastie califale, celle des Omeyyades, s’établie en Syrie, à Damas, et s’imprègne de toute une culture hellénistique encore très forte. Par exemple, les châteaux du désert (qui étaient des villas), tel celui de Qusayr Amra, s’ornent de scènes antiques dionysiaques avec des légendes en grec, démontrant que les princes musulmans avaient une culture grecque.

Avec la dynastie califale suivante, les Abbassides, ont bascule dans l’aire d’influence sassanide avec le déplacement de la capitale sur les bords du Tigre et de l’Euphrate (Badgdad, Samarra) ; la culture hellénistique commence à disparaître, des formes d’art propre à l’Islam commencent à apparaître, mais un substrat de l’antiquité reste prégnant.

Et n’oublions pas tout les textes grecs et latins récupéré par la civilisation musulmane avec toute une exégèse impressionnante des philosophes arabes.



On pourrait même dire que l’Antiquité ne se termine jamais ; l’Antiquité reste présente un bon bout de temps dans l’Empire Byzantin et une partie du monde musulman, avant d’être transférée dans l’Europe de la Renaissance (renaissance par rapport à l’Antiquité !), de trouver une continuité jusque dans le consulat et le nouvel empire romanisant de Napoléon avec tout un décorum néoclassique, jusqu’à nous, antiquisants et passionnés par l’Antiquité.


Mais bien sûr, il faut bien un terme, fixer une date précise, ou plutôt des dates. L’Antiquité disparaît progressivement, par étapes successives. Le tout est de déterminer quand fini tout ces ensembles.
Mais il est vrai que quand on entre dans une période où l’héritage antique est totalement liquidé, tant du coté chrétien que musulman, que les antagonismes apparaissent tant dans le religieux (triomphe de l’Eglise de Rome face à un Islam de plus en plus « épuré »), dans les arts pour finir dans des guerres qui pourraient apparaître comme complètement dualiste (période des croisades). C’est pour ça que pour moi, la date de l’An Mil apparaît comme vraiment la fin de cet héritage antique, et donc, de l’Antiquité très, très tardive.
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nidor
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MessageSujet: Re: L'Antiquité s'arrête t-elle en 476 ?   Sam 5 Avr 2008 - 14:31

De toutes manières, ces "découpages" ne sont que de purs points de repère. C'est évident qu'il n'y a pas eu de rupture nette entre l'antiquité et le moyen-âge. A la limite, tant que Byzance était aux mains des Byzantins, c'était encore l'antiquité. Le Moyen-Âge, c'est la féodalité, les Rois, les fiefs, les châteaux, etc, mais ce n'est pas forcément très différent de l'antiquité à certains niveaux.
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Cuauhtémoc
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MessageSujet: Re: L'Antiquité s'arrête t-elle en 476 ?   Lun 26 Mai 2008 - 22:27

Il s'agit précisément de la date de la chute de l'empire romain d'Occident : Romulus Augustule 'le petit Auguste" dépose les armes devant Odoacre, chef germanique. Cependant l'empire d'Orient, qui mêle culture grecque et romaine, continuera de perdurer pendant presque mille ans encore. En fait, il y a depuis longtemps de nombreux mercenaires dans les armées romaines.
Il semble que cette date ne représente pas de rupture économique ou culturelle, car ses domaines d'échanges ont regréssé depuis des années déjà. Mais il s'agit bien là d'une coupure politique, non?

En Gaule, il reste cependant au nord un bastion d'unité politique romaine dirigé par Syagrius. Il est appelé à tord par le chroniqueur et évêque Grégoire de Tours le "royaume" de Syagrius, terme contraire à la tradition romaine...
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Cyrus
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MessageSujet: Re: L'Antiquité s'arrête t-elle en 476 ?   Jeu 24 Juil 2008 - 10:59

Philadelphe a écrit:

On pourrait même dire que l’Antiquité ne se termine jamais ; l’Antiquité reste présente un bon bout de temps dans l’Empire Byzantin et une partie du monde musulman, avant d’être transférée dans l’Europe de la Renaissance (renaissance par rapport à l’Antiquité !), de trouver une continuité jusque dans le consulat et le nouvel empire romanisant de Napoléon avec tout un décorum néoclassique, jusqu’à nous, antiquisants et passionnés par l’Antiquité.


De même que le néolithique n'est toujours pas fini dans certains coins du monde ! Mr.Red

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A'legs
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MessageSujet: Re: L'Antiquité s'arrête t-elle en 476 ?   Jeu 24 Juil 2008 - 20:04

En pleine Amazonie... scratch
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daphnis
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MessageSujet: Re: L'Antiquité s'arrête t-elle en 476 ?   Ven 17 Oct 2008 - 18:16

Si je devais fixer un date, je fixerais 529, date ou Justinien ferme les écoles de philosophie d'Athènes et ou Saint Benoit fonde le monastère du mont Cassin. C'est la fin de la mentalité antique. Mais c'est encore subjectif.
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Rodoric
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MessageSujet: Re: L'Antiquité s'arrête t-elle en 476 ?   Ven 28 Nov 2008 - 9:32

nidor a écrit:
De toutes manières, ces "découpages" ne sont que de purs points de repère. C'est évident qu'il n'y a pas eu de rupture nette entre l'antiquité et le moyen-âge. A la limite, tant que Byzance était aux mains des Byzantins, c'était encore l'antiquité. Le Moyen-Âge, c'est la féodalité, les Rois, les fiefs, les châteaux, etc, mais ce n'est pas forcément très différent de l'antiquité à certains niveaux.


le moyen age est aussi trop vaste
La féodalité apparait sûrement vers le 10ième siècle quand les états Carolingiens ne peuvent se défendre contre les invasions du Nord : de petits chefs locaux défendent les téritoires et c'est le début de la féodalité .

entre 476 et l'an mil il y a un empire (Carolingien) et des mérovingiens trés différents du moyen age de 1000 à 1492.

de la fin de l'empire Romain au 7 ième , 2 relgions majeures et d'état boulversent aussi l'ensemble de nos régions : c'est une vraie rupture par rapport à l'antiquité.
Cependant tant Rome est la capitale politique de l'occident je pense qu'on reste encore dans l'antiquité : 476 est une date pas si mauvaise que cela.
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Stilicon
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MessageSujet: Re: L'Antiquité s'arrête t-elle en 476 ?   Ven 12 Juin 2009 - 2:38

Bonjour à tous!

Je suis nouveau ici, et ce post sera donc mon baptême Wink
Étudiant en Histoire Ancienne, mon sujet de mémoire se situe dans l'Antiquité tardive.

La question de la fin de l'Antiquité se mélange bien souvent avec la fin de l'empire d'occident. Il semble pourtant bien nécessaire de faire une différence. Mais pour pouvoir débattre d'une date -ou d'une période- de fin, il faudrait tout d'abord s'entendre sur ce qu'est l'Antiquité.

A mon sens, l'antiquité et l'empire romain au sens civilisationnel repose sur plusieurs principes où je serai tenté de mélanger plusieurs aspects :
- l'unité de base est la cité (civitas). L'empire romain n'a jamais été qu'une fédération de cités, toutes soumises à Rome.
- la religion est avant tout civique et collective. On est croyant parce qu'on accomplit les rites.
- l'armée repose sur l'infanterie, en phalange ou légions (l'armée romaine tardive opère d'ailleurs un retour -relatif- à la formation en phalange).
- l'usage d'une langue universelle, le latin, qui unit culturellement tous les peuples de l'antiquité dite "classique".
- etc...

Quelles sont les dates en "compétition"?

- 364 : la mort de Julien l'Apostat, dernier empereur païen qui met un terme à la résistance au christianisme en essor
- 378 : la défaite d'Andrinople qui permet aux Goths de s'engouffrer en Dacie. Ils commenceront dès lors à constituer un corps étranger que les empereurs ne parviendront jamais ni à réduire, ni à expulser.
- 395 : la partitio imperii. Cette date pourrait plaire, mais elle a des antécédents (285, 364...). Ellle a donc un caractère fictif dans la mesure où aucun Romain n'a ressenti le moindre changement à cette date.
- 410 : la prise de Rome. Elément lourd de symbole, la mise à sac de Rome par Alaric n'a pourtant d'incidence ni militaire, ni économique, ni politique. La ville n'a aucune valeur stratégique, elle ne produit pas mais absorbe des richesses et n'est plus capitale d'Empire depuis des décennies (Trêves, Milan et Ravennes l'ont depuis longtemps remplacé en Occident).
- 476 : Déposition du dernier empereur d'Occident. Image d'Epinal pathétique d'un enfant abattu. Mais au fond quelle est la réalité politique de l'époque? Odoacre renvoie les insignes impériaux à Zénon, lequel devient officiellement unique empereur. Les rois Burgondes ou Wisigoths le reconnaissent comme tels et gouvernent en son nom.


En fait, force est de constater que choisir une date est forcémment réducteur. Il ne faut pas chercher une "fin" de l'antiquité mais comprendre les modalités de transition d'une culture et d'une société qui a évolué sous plusieurs aspects :

- religieux avec l'avènement des monothéismes universels, en premier lieu le christianisme puis l'Islam.
- politiques avec l'effacement progressif de l'autorité impériale en occident.
- démographiques avec l'installation de nouveaux peuples suite à une formidable poussée migratoire d'origine asiatique.
-sociétaux, avec un repli général sous la protection de grands locaux qui développent des armées privées et mettent sous patronage les paysans locaux.

S'il fallait néanmoins choisir un siècle, le VIIème serait le plus tentant. Pourquoi ?

- Face à l'universalisme chrétien qu'avaient finalement adopté Romains et Barbares va s'élever l'Islam, nouveau monothéisme qui va diviser le bassin méditerranéen.
- La mainmise impériale de Constantinople est mis à bas par les invasions arabo-musulmanes et l'affirmation des royaumes barbares d'occident. L'Egype, puis l'Afrique du Nord échappent désormais à l'empire d'orient. C'est la mort de l'illusion de la reconquête réalisée par Justinien.
- Début des réformes de l'empereur Heraclius qui vont mener à une modification des structures agraires, et donc militaires, de l'Orient. Ainsi en Occident et en Orient se développent peu à peu ce qu'on nomme généralement la "féodalité".
- le latin devient la langue des lettrés en occident, mais a disparu au niveau des couches inférieures et même de l'aristocratie guerrière. En Orient le grec a retrouvé sa prédominance d'antan (sur ce point on pourrait presque dire que l'on reviendrait à l'hellénisme antique).
- En Orient comme en Occident, les armées antiques laissent place à des seigneurs entourés de leurs dépendants en armes. La cavalerie va prédominer (surtout au VIIIème siècle) avec le développement de la cavalerie lourde franque et l'essor de la cataphracte byzantine. La généralisation de l'étrier est à cet égard une innovation aux conséquences extrêmement importantes...

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"Stilicon, le général d'Honorius, un homme qui s'était élevé plus haut que quiconque au faîte de la puissance, et qui avait la jeunesse romaine et barbare sous ses ordres, avait suscité la haine de dignitaires et médité de provoquer la guerre entre les deux Empires."
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philhermaia
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MessageSujet: Re: L'Antiquité s'arrête t-elle en 476 ?   Ven 12 Juin 2009 - 9:47

Stilicon, c'est extrêmement intéressant ce que tu dis, je suis en lettres classiques, et donc je connais moins bien l'histoire; ton résumé de cette période est clair, il me semble que le II ème et III ème siècles à Rome sont "stigmatisés" par les symptômes d'une grande crise, dont parle Yann le Bolec, la date de 476 est nécessaire pour jalonner la fin de l'empire, duquel Virgile faisait dire à Jupiter: "je leur ai donné un empire sans fin", c'est vrai pour la postérité, mais dans la réalité, il faut dès le départ s'entendre sur la notion d'antiquité et de moyen âge, comme ça on ne se fâche pas avec les spécialistes! il n'y a pas eu une rupture franche entre antiquité et moyen âge, ce sont les historiens qui donne des noms pour avoir des repères, si ça se trouve dans mille ans, cette notion sera caduque, on enseignera différemment, les enjeux de l'école changent avec les politiques, et effectivement je vais dans ton sens, pour moi, il faut toujours de la prudence dans le jugement, c'est l'arrivée des deux fronts nouveaux de religion monothéistes 1° du christianisme au Ier siècle et 2° de l'Islam au VII ème siècle qui crée un glissement progressif vers le Moyen âge, avec l'essor de seigneurs dans des places fortes, la féodalité. Je serai ravie de te lire à nouveau Wink
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Alexandre
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MessageSujet: Re: L'Antiquité s'arrête t-elle en 476 ?   Ven 12 Juin 2009 - 20:41

C’est tout de même à nuancer.
Le latin n’a jamais été universel ; les grecs pour ne citer qu’eux ont pleinement gardé leur langue. Les particularismes régionaux ont aussi subsistés. D’ailleurs, c’est à la fin de l’Empire romain qu’on a une explosion des écrits dans des langues régionales, surtout en Orient, comme le copte.

Avec le christianisme, la religion reste civique. On change juste de système, mais dans le fond, n’est-ce pas la même chose ? Sauf que les empereurs, au lieu de combattre contre le christianisme, combattent les hérésies.

Le monothéisme ne doit pas non plus être vu comme un facteur de la fin de l’Antiquité : il est déjà préfiguré dans beaucoup d’autres religions, particulièrement solaire, et le néoplatonisme. D’ailleurs, à la fin du IVe siècle, on pouvait être païen et « monothéiste ».

La féodalité est aussi une question qui pose problème. Tu cites les réformes d’Héraclius, tu dois sans doute faire référence au stratiotes ?
Mais ce sont là des colons soldats. Les colonies de vétérans sous la République peuvent-elles être vu comme un début de la féodalité dans ce cas ?
Il faut plutôt voir le début de la féodalité dans les réformes de Dioclétien et le développement du colonat : là c’est le début du servage, avec le décurion dans le rôle du seigneur.

Aussi, voir dans le VIIe siècle la fin de l’Antiquité juste parce que Rome n’est plus le centre du monde est assez réducteur je trouve, parce que c’est véritablement penser que Rome résume l’Antiquité. Pourquoi les royaumes barbares et les premiers califats ne seraient pas en continuité avec l’Antiquité ?
De même que de dire que des cataphractaires perses ? Alors que si les byzantins adoptent ce système, on passe dans le moyen-âge ? C’est encore décidé de l’arrêt de l’Antiquité sur des techniques qui existaient déjà et de ne se centrer que sur Rome.

En fait, on ne regarde pas quand se termine l’Antiquité, mais quand débute la féodalité « moderne », c'est-à-dire d’un roi qui n’est qu’un seigneur plus puissants que les autres sans tenir compte d’une administration centralisé.
Dans le cas des califats par exemple, les califats omeyyade et abbasside ont une organisation centralisée qui ne répond qu’à une autorité centrale. Ce n’est que vers le milieu du IXe siècle qu’on a un éclatement du califat abbasside ; l’Ifriqiya, l’Egypte et le monde iranien échappent à l’autorité centrale de Baghdad, en reconnaissant formellement la suzeraineté du Calife. C’est ce qu’on voit ensuite par exemple en France avec le roi, dans son domaine, et des vassaux qui ne rendent de compte à personne.
Charlemagne par exemple rentre dans l’Antiquité ou le Moyen-Âge ?
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Stilicon
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MessageSujet: Re: L'Antiquité s'arrête t-elle en 476 ?   Sam 13 Juin 2009 - 0:32

(Merci Philhermaia Wink )

Je comprends tout à fait tes remarques Alexandre et vais tenter d'y répondre brièvement. Je sais que des historiens très brillants (mais souvent médiévistes) tirent l'Antiquité jusqu'au Xème- XIème siècle. Je ne prétends pas du reste résoudre ici un problème qui a taraudé des générations d'historiens). Il faut également être bien conscient que, pour reprendre un historien, "l'empire romain n'a jamais existé". (J'entends d'ici les "le pauvre il craque"). En effet, rien que la considération de l'unique empire romain (tardif dans l'histoire de l'antiquité), amène à se souvenir qu'il a grosso modo la même durée que la distance qui nous sépare d'Henri IV. Néanmoins les gens s'imaginent pareillement Jules César ou Trajan, pourtant à quelques siècles d'intervalles...

Au cours de mes lectures, que j'estime relativement nombreuses quant à cette période, je me suis davantage rallié aux considérations de P. Brown ou Bowersock quand à l'évaluation du VIIème siècle comme siècle marquant la fin de l'antiquité.

Je répondrais à tes différentes remarques comme suit :

- Tu remarque toi même que la fin de l'empire aboutit à un éclatement régional, ce qui est juste. Pour ce qui est de l'usage du latin, je n'ai pas dit qu'il était exclusif! La différenciation entre un Occident latin et un Orient grec est une réalité qui existe déjà sous le Principat. Néanmoins, le latin a dominé durant des siècles, tout bonnement parce que c'était la langue de l'administration et du pouvoir. Même en Orient, la langue du militaire est le latin et jusqu'au VI-VIIème siècle, les ordres sont toujours en latin (quand bien même ce n'est pas la langue originelle du combattant).
Le latin a évidemment été une langue universelle, mais non exclusive. Elle marquait cependant un pilier de la romanisation. Tout homme qui ne parlait pas latin était de toute manière considéré comme barbare (l'exemple à mon sens le plus frappant est St Jérôme disant de lui même qu'il devient "semibarbarus" parce qu'il parle moins latin, car résident en Palestine). Le grec est lui la langue de l'oriental, ou du lettré (et au IVème siècle, assez peu d'aristocrates occidentaux le parlaient encore, en tout cas moins qu'à la fin de la République!)

- Sur le christianisme, je me porte en faux par rapport à tes idées. Le christianisme n'a rien d'une religion civique ! Ce monothéisme établit un lien personnel entre le croyant et Dieu et axe la foi sur l'application d'une morale. En ce sens, il est davantage proche des sectes philosophiques (stoïciens, épicuriens, cyniques, sceptiques...) que de la religion païenne traditionnelle. Accomplir les rites païens est un acte éminemment civique et politique. On a persécuté les chrétiens durant des siècles en leur faisant endosser les malheurs de l'empire : ils ne s'associaient pas aux rites. Un païen se fiche des croyance et/ ou préférences personnelles d'autrui, tant qu'il sacrifie aux Dieux. Un particulier peut aller ouvrir un temple sans gêner personne.
J'ajouterai que la religion païenne est fondamentalement différente par de nombreux aspects : elle est notamment contractuelle (j'offre aux dieux en espérant recevoir). Ainsi la mort de Drusus (ou Germanicus je ne sais plus) a amené des foules entières à saccager des temples. Impensable pour un chrétien ou un musulman...
Pour les religions orientales, il est évident qu'elles évoluaient vers un monothéisme. Cependant je ferai deux remarques : il s'agissait davantage d'un énothéisme (prédominance d'un dieu sur les autres) qui d'ailleurs peut avoir été lui même inspiré du christianisme. Ainsi le Sol Invictus révérés par Aurélien ou Julien l'Apostat sont davantage des copies païennes du christianisme, et elles dénotent une évolution de la spiritualité.
Il n'y a jamais eu de guerre de religion avant le christianisme, et ce fait seul dénote un profond changement de mentalité (personnellement je vois en la bataille de la Rivière Froide de 394 la première "guerre de religion").


- Pour ce qui est de la féodalité (quoique le terme soit de plus en plus discuté), je ne prétends pas qu'elle s'instaure avec Heraclius. Il s'agit d'un processus lent qui débute avec la crise du IIIème siècle et l'évolution des campagnes du IVème siècle. Cependant, ce système s'instaure évidemment grâce à un affaiblissement du pouvoir central, en l'occurrence impérial romain. On n'est pas tombé dans un âge d'anarchie, mais l'échelle des responsabilités a grandement diminué. Le développement de l'auto-défense urbaine au Bas Empire est à cet égard révélateur (une ville ne compte plus sur les légions, elle organise sa défense avec les grands locaux, entre autre l'évêque qui a remplace peu à peu les traditionnels municipes).


Je pense que tu as mal compris mon idée (mais je l'ai surement mal exprimée). Je ne considère pas la fin de Rome comme la fin de l'Antiquité. Pour moi c'est la fin du monde greco-latin qui marquent la fin de l'antiquité.
Quoiqu'en dise un Charlemagne ou un calife, il n'est plus que le dépositaire d'un idéal qu'il rêve d'atteindre et ne fait que travestir une Antiquité qu'il conçoit comme un "âge d'or".

Des individus comme saint Augustin (tiraillé entre son christianisme et la paideia antique), Stilicon (barbare romanisé qui a gouverné l'empire en s'appuyant sur les fédérés barbares qui allaient finalement prendre Rome) ou Sidoine Apollinaire (qui, tout évêque de Clermont qu'il soit, écrit des poèmes à la gloire de Vénus et exhorte ses soldats contre les Wisigoths) montrent que de profondes mutations secouent le monde méditerranéen. Nombre des sources sont conscientes de ces bouleversements de société. C'est leur simultanéité et leur enchevêtrement qui constitue la fin de l'Antiquité.

Si à mon sens un calife abbasside ou Charlemagne ne sont plus dans l'Antiquité, c'est parce qu'on ne leur apprend plus à lire avec l'Iliade et l'Odyssée, que la philosophie de Marc Aurèle les troublerait alors qu'elle est compréhensible par un philosophe grec du IVème siècle avant JC(sur le plan des concepts et idées). Un aristocrate de l'antiquité est un riche possédant qui pratique l'otium, participe à la vie de sa cité, et achète des esclaves. L'aristocrate franc ou arabe n'a en pratique pas grand chose à voir et sont d'ailleurs très différents entre eux.
Reste que Charlemagne, comme tous les fondateurs d'empires, tire de l'exemple romain sa légitimité et son idéologie. L'empire romain reste pour des siècles un modèle politique, tout comme l'Antiquite reste un modèle culturel et artistique à atteindre.


Je n'ai fait que jeter quelques idées en vracs et, selon les points, on pourra se reporter à des centaines d'ouvrages relatifs à chaque question (je conseille la lecture de "l'empire greco-romain" de P. Veyne ou encore "comment le monde est devenu chrétien?" pour quelques réflexions sur l'antiquité et ses fondements).



Je sais que la tendance actuelle, notamment française, est de ne voir que des continuités. Mais à force de nuancer et de prendre les idéologies et les propagandes déployées par les monarques médiévaux pour argent comptant, on n'oublie souvent quelques faits.
Un empire qui avait uni sous sa domination toute la culture antique et se l'était approprié a disparu politiquement, et s'est désagrégé économiquement et culturellement.
C'est la fin de la méditerranée antique, unie culturellement (avec bien sûr des particularismes forts, notamment grecs), et le développement de concepts comme l'Europe, l'Occident, le christianisme, l'Islam...qui séparent en différentes blocs s'éloignant des pans d'un monde autrefois uni.
Avec cette réflexion, on touche du doigt un problème essentiel : quel est l'héritage antique greco-romain?

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Alexandre
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MessageSujet: Re: L'Antiquité s'arrête t-elle en 476 ?   Sam 13 Juin 2009 - 17:51

Je suis globalement d’accord avec tout ce que tu dis (pour tout t’avouer, tes connaissances dépassent les miennes ^^).

Mais c’est vrai que tout ce que tu dis est vrai, j’ai oublié mes cours ^^. Surtout pour l’orthopraxie (effectuer les bons gestes) et l’orthodoxie (avoir la bonne foi) qui différencie païens et chrétiens. Même si à nuancer : un particulier ne pourra pas ouvrir de temple à un dieu autre que reconnu par l’autorité civique. Sinon, c’est aussi considéré comme de l’impiété (l’accusation d’amener un culte étranger à été suffisant pour faire boire la ciguë à Socrate, même si on devait moins s’en préoccuper au IVe siècle).

Par contre, mon prof d’antiquité tardive trouve que le Comment le monde est devenu chrétien ? de Veyne n’est pas recommandé à la lecture (au contraire du reste de sa production littéraire ^^).

Pourtant, des exemples comme les fresques omeyyades de Qusayr Amra, qui représentent des scènes de la vie de Dionysos (sa naissance, son éducation, la découverte d’Ariane) et d’un festival païen ne montrerait pas une survivance de la culture antique ? Les califes omeyyades ne devaient sûrement pas lire l’Iliade, mais il n’était pas non plus ignorant de la culture passée.
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philhermaia
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MessageSujet: Re: L'Antiquité s'arrête t-elle en 476 ?   Sam 13 Juin 2009 - 18:21

Décidémént bravo Stilicon, je ne connais pas tout ça!
Dionysos: c'était pour les Grecs un dieu barbare, le fils de Séléné, la lune et le né deux fois, le dieu des transes, des désordres bacchiques, vénéré en Thrace, NB par les meurtrières d'Orphée, je ne me rappelle plus leur nom. Il a été importé d'Orient, mais je ne savais pas qu'il était représenté sur les fresques omeyyades, plus exactement je ne sais pas qui sont les omeyyades! il représente pour les Grecs celui qui n'est nulle part chez lui, toujours montré en procession, enthousiaste, le dieu nomade, la tragédie, il est aussi le dieu qui prend la place d'Apollon dans son temple à Delphes l'hiver quand il va chez les hyperboréens, l'Apollinisme et le Dionysisme sont les deux pendants de l'art grec, la dualité été-hiver, homme-femme, bien-mal...Je reprendrai plus tard!
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Stilicon
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MessageSujet: Re: L'Antiquité s'arrête t-elle en 476 ?   Sam 13 Juin 2009 - 19:20

Merci pour les compliments!

Il faut dire que la question est complexe, et que la discussion pourrait durer indéfiniment (ce que mes petits doigts tapant sur le clavier ne pourraient supporter!).

Merci Alexandre pour le terme orthopraxie ! Je le cherchais quand j'ai tapé le post sans le retrouver Wink

Pour l'appréciation de comment le monde est devenu chrétien?, je suis tout à fait d'accord. C'est de loin le moins bon ouvrage de P. Veyne. Reste que la question est intéressante. Me l'étant procuré dès qu'il était paru, je dois avouer que j'ai été déçu (j'ai d'ailleurs très souvent annoté des passages où je n'étais pas tout à fait d'accord). Il faut dire que le contexte était également politique (débat européen sur les "racines chrétiennes"). J'ajouterai que le bonhomme vieillit et qu'il a eu des malheurs de famille...
Cependant, son empire greco-romain contient une foule de considérations précieuses. (je déconseille assez le poche sexe et pouvoir à Rome qui n'est en fait à mon sens qu'un livre qui prépare l'empire greco-romain). On peut toujours discuter des interprétations de P. Veyne, reste que sa lecture fait toujours réfléchir.

Là encore, je suis tout à fait d'accord pour dire que les Omeyyades n'étaient pas ignares, loin s'en faut! De récents travaux archéologiques ont montré le souci des héritiers de Mahomet de préserver l'urbanisme antique au Proche Orient (avec la pratique des thermes notamment).

Reste que ces représentations artistiques ont deux buts : leur caractère esthétique et la mise en valeur de la culture du commanditaire. Or on peut retrouver le même phénomène avec Charles le Téméraire (fin XVème siècle) qui fait traduire le De bello Gallico, de même que le sultan ottoman exactement à la même époque. On continue d'orner les tapisseries de scènes de l'Alexandre de Quinte Curce.
Aussi la considération artistique ne permet pas à mon sens de déterminer une fin de l'antiquité. L'art théodosien des années 380-390 n'a déjà plus rien à voir avec l'art classique, même si l'on retrouve des thèmes semblables.

A mon sens, aucun souverain médiéval ou moderne n'a été ignorant de la culture antique. Je l'ai dit, cette période a constitué un modèle politique et culturel pour des siècles. Le savoir arabe puis de la Renaissance a reposé sur cette admiration du passé.

La culture antique, sur le plan de la connaissance de ses mythes, a évidemment survécu! C'est même un héritage qui a perduré jusque récemment. Prenez les discours de la Convention de 1792 et vous verrez des débats extrêmement violents pour savoir s'il faut suivre le modèle spartiate à la Lycurgue ou athénien à la Solon !

Lorsque Philippe Seguin briguait la mairie de Paris, il a évoqué la "mithridatisation" du peuple français pour évoquer l'indifférence populaire face au magouilles de Tibéri.
Les journalistes n'ont pas compris le terme. Certains, lisant un peu trop rapidement Wikipédia, ont cru qu'on avait tenté de l'empoisonner. Ce cafouillage autour de références que personne ne comprends plus marque à mon sens la fin de la culture antique telle qu'elle s'était perpétué depuis le V-VIIème siècle : des références culturelles, des lieux communs permettant d'illustrer ses propos...ou une fresque Wink

_________________
"Stilicon, le général d'Honorius, un homme qui s'était élevé plus haut que quiconque au faîte de la puissance, et qui avait la jeunesse romaine et barbare sous ses ordres, avait suscité la haine de dignitaires et médité de provoquer la guerre entre les deux Empires."
Sozomène, Histoire ecclésiastique, VIII, 25, 2.
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L'Antiquité s'arrête t-elle en 476 ?

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